Un « millefeuille patrimonial » unique en France
Au cœur d'Arles, l'Hôtel Arlatan n'est pas un bâtiment : c'est un empilement. L'hôtel particulier de la famille Arlatan de Beaumont, construit au XVe siècle, repose sur les bases d'une maison romane elle-même inscrite dans le Palais de la Trouille, établi dans une basilique antique du IVe siècle, assise à son tour sur des vestiges du IIe siècle. Les architectes parlent d'un « millefeuille patrimonial » de dix-sept siècles — un phénomène de reconstruction des édifices sur eux-mêmes, dans le respect de ce qui a précédé.
Transformer cet ensemble en hôtel de 44 chambres et suites, avec restaurant, salons et salle de sport, tout en préservant les vestiges des thermes de Constantin, de la basilique romaine et du palais gothique : voilà le défi posé à la maîtrise d'œuvre.
BET VIAL a assuré les études structure de ce projet aux côtés de l'agence Max Romanet Architectes, de Renzo Wieder, Architecte du Patrimoine, du BET 2L et de l'économiste Morère. Le chantier, mené de 2016 à 2018 après deux années d'études, portait sur 4 500 m².
L'escalier hélicoïdal : couler du béton dans un monument classé

C'est la pièce maîtresse du parcours intérieur. Un escalier hélicoïdal à noyau évidé, dont les volées s'enroulent autour d'un vide traversant, aujourd'hui éclairé par une nuée de luminaires suspendus signés Jorge Pardo.
Sous son évidence apparente se cache l'un des ouvrages les plus exigeants du chantier : une paillasse hélicoïdale en béton armé, coulée en place. Contrairement à un escalier en pierre appareillée, où chaque marche s'appuie sur la précédente, la paillasse forme une dalle continue qui s'enroule sur elle-même. Elle ne fonctionne ni comme une poutre droite, ni comme une simple dalle : le long de son développement, flexion, torsion et compression se combinent en permanence. Le ferraillage doit suivre cette géométrie gauche, avec des aciers qui épousent l'hélice et reprennent des efforts de torsion que la forme génère naturellement.
Le noyau évidé accentue encore la difficulté. Sans fût central pour reprendre les charges, l'escalier ne trouve appui qu'à ses extrémités et sur son limon extérieur, ce qui augmente d'autant les sollicitations dans la dalle et exige un dimensionnement fin des épaisseurs.

Vient enfin la réalisation, confiée à l'entreprise de gros œuvre Tonello. Un tel ouvrage impose un coffrage sur mesure, entièrement charpenté pour restituer la double courbure de la sous-face, et un étaiement dense maintenu jusqu'à la montée en résistance du béton. Tout cela dans une cage venue s'inscrire au contact direct des maçonneries antiques en moellons, qui devaient être conservées et données à voir. Il fallait donc dissocier la structure neuve du bâti historique, maîtriser les reprises en sous-œuvre, et vérifier la capacité portante d'appuis qui n'ont jamais été calculés au sens moderne du terme.
Le résultat, exécuté par Tonello à partir de nos études, est un ouvrage dont la sous-face lisse et continue, une fois les étais retirés, ne laisse plus rien deviner de la complexité qui l'a produite.

Les planchers connectés : réconcilier le bois ancien et le béton

Les plafonds à décors du XVe siècle et la charpente peinte de l'aile Nord comptent parmi les vestiges les plus remarquables du lieu. Le parti architectural visait précisément à en redonner la perception originelle aux résidents.
Mais un plancher bois ancien, aussi beau soit-il, n'a pas été dimensionné pour les charges d'exploitation d'un établissement recevant du public. Les solives, souvent affaiblies par le temps, l'humidité ou d'anciennes reprises, présentent des flèches importantes et une raideur insuffisante.
La solution retenue relève d'une technique éprouvée mais délicate : le plancher mixte bois-béton connecté. Une dalle de béton armé de faible épaisseur est coulée sur le solivage existant, solidarisée aux poutres par des connecteurs métalliques. Le bois travaille alors en traction, le béton en compression, et l'ensemble se comporte comme une section composite bien plus performante que la somme de ses parties.
L'avantage est double. La reprise structurelle est obtenue sans déposer le solivage historique — donc sans toucher aux décors peints visibles depuis l'étage inférieur. Et le nouveau plancher apporte, en prime, la masse nécessaire à l'isolation acoustique entre chambres, exigence non négociable en hôtellerie.
Reste que chaque plancher est un cas particulier. Il faut relever la géométrie réelle, sonder l'état sanitaire de chaque solive, calculer le taux de connexion, et vérifier que les maçonneries d'appui — antiques, médiévales ou classiques selon les zones — supportent le surcroît de charge.
Béton, pierre, bois : une lecture globale de la structure
L'Hôtel Arlatan illustre ce qui fait la spécificité d'un bureau d'études structure multi-matériaux. Sur un même chantier, et parfois dans une même pièce, cohabitent des maçonneries de pierre de quatre époques différentes aux caractéristiques mécaniques hétérogènes, des structures bois anciennes à conserver ou conforter, du béton armé neuf — de l'escalier hélicoïdal aux dalles de compression — introduit là où il apporte une réponse que les matériaux anciens ne peuvent pas fournir, et des éléments métalliques de liaison, connecteurs et renforts en sous-œuvre.
Cette lecture globale ne s'improvise pas : elle suppose de comprendre comment les efforts circulent d'un matériau à l'autre, et où se situent les points de fragilité aux interfaces. Le béton neuf, en particulier, est beaucoup plus rigide que les maçonneries anciennes : mal dissocié, il attire les efforts et fissure ce qu'il était censé soutenir.
Le travail des architectes s'est appuyé sur une campagne de fouilles d'archéologie du bâti, dont les relevés ont fait l'objet d'une prise en compte point par point dans le programme de réhabilitation. Côté structure, cela signifie qu'aucun percement, aucune reprise de charge, aucun renfort ne pouvait être décidé sans validation croisée avec l'Architecte du Patrimoine.
Ce que ce chantier nous a appris
Intervenir sur un monument habité, c'est accepter que la structure ne soit jamais le point de départ. Elle arrive après l'histoire, après l'archéologie, après le parti architectural. Son rôle est de rendre possible ce que d'autres ont imaginé — sans jamais imposer sa présence.
Les architectes évoquaient « l'humilité qui convient pour éviter d'instaurer des hiérarchies, des négligences ou des oublis de périodes ou vestiges ». C'est aussi, à sa mesure, la posture du bureau d'études : la meilleure étude structure sur un bâtiment classé est celle qu'on ne voit pas.
Depuis 1981, BET VIAL intervient sur le bâti ancien comme sur le neuf, en béton armé, pierre, bois et métal. L'Hôtel Arlatan reste l'un des projets où ces quatre compétences se sont le plus étroitement croisées.
Crédits du projet — Maîtrise d'ouvrage : SCI Le Quartier du Sambuc · AMO : MYAMO · Architecte : Max Romanet Architectes (chef de projet : Claudine Tarrou · maître d'œuvre : Yannick Remeau) · Architecte du Patrimoine : Renzo Wieder · BET structure : BET VIAL · BET fluides : BET 2L · Économiste : Morère · Gros œuvre : Tonello · Mobilier, sols et éclairage : Jorge Pardo Sculpture. Source projet : Max Romanet Architectes.
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